
Gjirokastër
Gjirokastër
Ville-musée UNESCO du sud de l'Albanie, Gjirokastër aligne ses toits de pierre grise au-dessus de la vallée du Drino. Architecture ottomane, mémoire communiste et tables de campagne.
Perchée sur les pentes des montagnes de Gjerë, Gjirokastër aligne ses toits de pierre grise au-dessus de la vallée du Drino. Tandis que sa citadelle classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO trône sur les pentes des montagnes de Gjerë, un patchwork de terres agricoles se tapit à ses pieds. Cette « ville aux mille marches » du sud de l'Albanie conjugue architecture ottomane préservée, mémoire communiste et tables de campagne dans un décor minéral. Surnommée qyteti i gurtë, la « ville de pierre », elle se mérite à pied, marche après marche.
Gjirokastër en bref
- Pays : Albanie (sud), région de Gjirokastër
- Altitude : 300 m, sur les contreforts du mont Gjerë
- Statut : ville-musée, inscrite UNESCO depuis 2005
- Surnom : qyteti i gurtë (la ville de pierre)
- Durée idéale : 1 à 2 nuits
- Meilleure période : mai-juin et septembre-octobre
- À pied : ruelles pavées en forte pente, chaussures plates conseillées
- Accès : 3 h en bus depuis Tirana, 1 h depuis Saranda
Une histoire en pierre grise
Des traces d'habitation datant du premier siècle av. J.-C. ont été trouvées à Gjirokastër. Probablement fondée au XIIe siècle, la ville se fit commercialement connaître sous l'appellation Argyrópolis ou « cité d'argent » à l'époque de l'Empire byzantin. La cité compta parmi les territoires du despotat d'Épire au XIVe siècle, avant la conquête ottomane en 1417. Son marché de textiles et de produits laitiers la fit prospérer tout au long du XVIIe siècle.
En 1811, le puissant gouverneur albanais Ali Pasha de Tepelena prit le contrôle de Gjirokastër. Il en développa les défenses et commanda la construction d'un aqueduc d'une dizaine de kilomètres pour alimenter la citadelle en eau. Le canal fut détruit en 1932, mais ses arches subsistent dans le paysage.
À la fin du XIXe siècle, la ville servit de foyer de résistance contre la domination turque. Les Grecs revendiquèrent l'administration du territoire dans la première moitié du XXe siècle. Les troupes françaises occupèrent Gjirokastër pendant la Première Guerre mondiale, avant que l'Albanie ne la récupère. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la cité passa successivement sous domination italienne en 1939, grecque en 1940, puis allemande, avant de revenir à l'Albanie en 1944.
Sous le régime communiste d'après-guerre, Gjirokastër évolua sur le plan commercial et industriel. Le gouvernement l'érigea au rang de « ville-musée » en raison de son état de conservation et de la présence de la maison natale d'Enver Hoxha, premier secrétaire du Parti du travail d'Albanie. La demeure du dictateur fut transformée en musée consacré à sa carrière.
Lors du déclin du régime en 1991, l'émigration massive vers l'Italie et la Grèce fragilisa la ville. La chute des chaînes de Ponzi en mars 1997 sous la présidence de Sali Berisha plongea le pays dans une guerre civile et força le président à démissionner. Le 16 décembre 1997, la maison natale d'Hoxha fut détruite lors d'un attentat. L'accord de coopération gréco-albanais signé en 1996 redonna progressivement de l'air à Gjirokastër.
Gjirokastër aujourd'hui
La ville compte aujourd'hui environ 20 000 habitants et vit au rythme du tourisme culturel et de l'agriculture du Drino. Les ruelles pavées montent en lacets vers la forteresse, bordées de maisons fortifiées aux toits de lauzes. Le bazar ottoman, restauré, abrite ateliers de tisserands, échoppes de tapis kilim et cafés où l'on sert le raki de mûre. La ville natale de l'écrivain Ismail Kadaré reste discrète : peu de panneaux, beaucoup de chats, et une lumière rasante qui sculpte la pierre en fin de journée.
Au quotidien, Gjirokastër se vit à pied. Les distances sont courtes, mais les pentes raides : comptez deux jours pour faire le tour des sites majeurs sans courir. La nuit, la citadelle illuminée surplombe la vallée et les conversations se prolongent en terrasse autour d'un byrek tiède.
Côté scène contemporaine, une nouvelle génération d'Albanais revenus de la diaspora rouvre des tavernes dans les vieux kullas de pierre, mêlant cuisine de grand-mère et cartes de vins biodynamiques de la vallée. Quelques ateliers d'artisans relancent la sculpture sur bois, le feutre et la broderie traditionnelle, parfois en partenariat avec des designers de Tirana. La iso-polyphonie albanaise, chant à plusieurs voix inscrit à l'UNESCO, résonne encore lors des soirées au bazar ou dans les villages alentour comme Lazarat et Antigonea.
Les quartiers historiques s'étagent à flanc de colline : Palorto autour de la citadelle, Manalat en surplomb du bazar, Dunavat et Varosh plus bas, chacun avec son ambiance et ses points de vue.
Que voir et que faire à Gjirokastër
La citadelle et ses musées
Incontournable, l'immense forteresse de Gjirokastër surplombe la vallée. Vous y trouverez plusieurs musées et une ancienne prison communiste où l'on enfermait les opposants au régime. Le Musée des armes expose canons ottomans, artillerie de la Seconde Guerre mondiale et même un avion de l'US Air Force capturé en 1957. Les remparts offrent la plus belle vue sur les toits de pierre et la vallée du Drino.
Les maisons-musées ottomanes
La Maison Skenduli se cache parmi les petites maisons blanchies à la chaux de la vieille ville. C'est un parfait exemple du style architectural ottoman, qui conserve en son sein des boiseries et des fresques chargées de mémoire. Dans le même esprit, la Maison Zekate, plus haut sur la colline, est connue pour ses splendides chambres aux vues panoramiques et son double salon d'apparat. Les amateurs de littérature pousseront jusqu'à la maison-musée d'Ismail Kadaré, qui retrace l'enfance de l'écrivain albanais le plus traduit au monde.
Le bazar ottoman et la mosquée
Le bazar principal de Gjirokastër, en forme d'étoile, date du XVIIe siècle. C'est le bon endroit pour acheter une nappe brodée, un tapis kilim ou un flacon de raki artisanal. Au centre se dresse la Mosquée du Bazar (1757), l'une des rares à avoir survécu à la campagne anti-religieuse de 1967, durant laquelle Hoxha avait déclaré l'Albanie « premier État athée du monde ».
Le Cold War Tunnel
Sous la place principale s'étend un bunker de 800 mètres construit dans les années 1970 pour abriter les autorités locales en cas d'attaque nucléaire. La visite guidée du Cold War Tunnel dure une trentaine de minutes et plonge dans la paranoïa de l'ère Hoxha : salles de commandement, dortoirs, systèmes de ventilation manuels.
Les alentours nature et archéologie
Depuis le bazar, les ruelles montantes conduisent à un sentier accidenté rejoignant directement la vallée. Au cœur des pentes ciselées derrière la cité, les ruines du pont Ali Pasha offrent un écrin reposant et un bon spot de photographie à l'écart de la civilisation. À 30 km au sud-ouest, la source de l'Œil bleu (Syri i Kaltër) jaillit à 18 °C dans un bassin turquoise de 50 m de profondeur.
À une dizaine de kilomètres au sud, le site archéologique d'Antigonea, fondé au IIIe siècle av. J.-C. par le roi épirote Pyrrhus, livre mosaïques et fondations dans un cadre champêtre, sans la foule de Butrint. La vallée du Drino, plate et verte, se prête bien à la randonnée à pied ou à vélo entre villages de pierre. Les bons marcheurs prolongent vers les crêtes du mont Gjerë ou les villages du Zagori.
Climat et quand partir
Gjirokastër hérite d'un climat méditerranéen de moyenne montagne, plus humide que la côte. Les étés sont chauds et secs, les hivers frais avec des chutes de neige possibles sur les hauteurs.
- Mai-juin : températures douces (18-25 °C), vallée verte, idéal pour la marche
- Juillet-août : 30-35 °C, ville parfois bondée, mais c'est la période du Festival folklorique national (tous les 4 ans, prochaine édition à vérifier)
- Septembre-octobre : lumière rasante, vendanges, températures encore agréables
- Novembre-mars : pluies fréquentes, certains musées ferment ou réduisent leurs horaires
La meilleure fenêtre s'étend de mi-mai à mi-juin et de mi-septembre à mi-octobre.
Comment s'y rendre
Gjirokastër se trouve sur l'autoroute SH4, qui la relie à Tepelenë au nord et à Dropull jusqu'à la frontière grecque au sud. La plupart des bus reliant Tirana et Saranda passent par la ville lorsqu'ils n'empruntent pas la route côtière.
À Tirana, les bus pour Gjirokastër partent de la gare routière sud, à proximité du monument de l'aigle. Le voyage dure environ trois heures. Depuis Saranda, des bus quotidiens font un arrêt à Gjirokastër sur leur itinéraire vers Tirana, et vice-versa. Les départs se font généralement avant midi. Le trajet de Saranda à Gjirokastër prend un peu plus d'une heure.
Les bus vous déposent sur l'autoroute, d'où vous pouvez prendre un taxi ou marcher une quinzaine de minutes pour rejoindre la vieille ville (en montée). Pour repartir, rendez-vous à la station-service de Kastrati sur la route principale : c'est de là que partent les bus vers Tirana, Saranda, Berat, Durres, Korce et Vlora. Les services sont limités le dimanche.
En autotour, la voiture reste l'option la plus souple : elle permet de combiner Gjirokastër avec l'Œil bleu, la côte ionienne et les villages du Zagori dans la même journée.
Où dormir à Gjirokastër
La vieille ville concentre l'essentiel de l'offre, dans des maisons ottomanes restaurées des quartiers de Palorto, Manalat et Dunavat. Les hôtels modernes se trouvent plutôt en bas, dans Varosh ou près de l'autoroute.
- Guesthouse familiale (15-30 € la nuit) : chambre simple chez l'habitant dans la vieille ville, souvent à Manalat ou Dunavat. Petit-déjeuner maison (confitures, fromage de brebis, byrek), accueil chaleureux. La formule la plus authentique pour comprendre la ville.
- Boutique-hôtel ottoman (60-120 €) : maison fortifiée du XVIIIe ou XIXe siècle réhabilitée à Palorto ou autour du bazar, plafonds peints, terrasse sur les toits, hammam ou salon traditionnel d'apparat.
- Lodge ou hôtel haut de gamme (150 € et plus) : confort international, vue panoramique sur la citadelle, restaurant gastronomique. Plutôt rare à Gjirokastër, mais quelques options émergent dans la ville haute.
Réservez à l'avance en juillet-août et durant le festival folklorique : la capacité reste limitée.
Conseils insider
- Goûtez le qifqi : ces boulettes de riz aux herbes frites sont une spécialité strictement locale, qu'on ne trouve quasiment qu'à Gjirokastër. Plusieurs tavernes du bazar les proposent en entrée.
- Montez à la citadelle en fin d'après-midi : la lumière dorée sur les toits de pierre fait la photo, et les groupes ont quitté les lieux.
- Prévoyez des chaussures plates à semelle adhérente : les pavés polis de la vieille ville sont glissants, surtout après la pluie.
- Combinez Gjirokastër et l'Œil bleu sur la même journée si vous êtes motorisé : 40 minutes de route, baignade à 18 °C, retour pour le coucher de soleil sur la citadelle.
- Achetez votre raki au bazar, pas au supermarché : les producteurs locaux distillent leur propre eau-de-vie de mûre ou de raisin, parfois vieillie en fût. Le village voisin de Lazarat, longtemps connu pour son économie parallèle, produit aussi de bons alcools de fruits.
- Visitez la Maison Skenduli avec son propriétaire : il fait la visite lui-même, en français parfois, et raconte l'histoire de sa famille depuis sept générations.
- Poussez jusqu'à Antigonea en fin de matinée : le site archéologique épirote, à 20 minutes de route, se visite en une heure et offre une belle perspective sur la vallée du Drino.
Pour qui ?
- Amateurs d'histoire et d'architecture : ville-musée UNESCO, dense en patrimoine ottoman et communiste.
- Voyageurs culturels en autotour : étape idéale entre la côte ionienne et l'intérieur des terres.
- Couples et seniors actifs : rythme calme, bonnes tables, hébergements de caractère — à condition d'accepter les pentes.
- Photographes : matières (pierre, bois, ardoise) et lumières exceptionnelles.
- Amateurs de musique traditionnelle : terre d'iso-polyphonie, à écouter en soirée au bazar ou pendant le festival folklorique.
- Moins adapté : familles avec poussette (pavés impraticables) et voyageurs cherchant plage et vie nocturne — Saranda fera mieux l'affaire.
Questions fréquentes
Questions fréquentes
Une journée pleine permet de voir la citadelle, une maison-musée et le bazar. Pour intégrer le Cold War Tunnel, la maison Zekate et une excursion à l'Œil bleu ou à Antigonea, comptez deux nuits sur place.
Les deux sont classées UNESCO, mais offrent des ambiances différentes. Berat, « ville aux mille fenêtres », est plus blanche, plus accessible, et possède un quartier chrétien orthodoxe remarquable. Gjirokastër, plus minérale et plus austère, séduit par son côté forteresse et son histoire communiste. Si vous avez le temps, faites les deux ; sinon, choisissez selon votre route (Berat est plus proche de Tirana, Gjirokastër de Saranda).
Oui, c'est faisable : 1 h de route, 4 à 5 h sur place, retour le soir. Mais vous raterez la lumière du matin sur la citadelle et l'ambiance des tavernes le soir. Une nuit sur place change vraiment l'expérience.
L'anglais passe dans les hébergements et les sites touristiques. L'italien est largement compris (émigration et télévision). Quelques mots de grec aident dans le sud du pays. Le français reste rare, sauf chez certains guides spécialisés.
Le Festival folklorique national se tient tous les quatre à cinq ans dans la citadelle, et rassemble des troupes de tout le pays autour des chants iso-polyphoniques (inscrits à l'UNESCO). Vérifiez les dates auprès de l'office de tourisme avant de programmer votre voyage : c'est un moment exceptionnel, mais l'hébergement se réserve très en avance.
La monnaie locale est le lek albanais (ALL). L'euro est accepté dans certains hôtels et restaurants touristiques, mais à un taux moins favorable. Plusieurs distributeurs sont disponibles dans la ville basse. Prévoyez des espèces pour les petites guesthouses et les marchés.
À découvrir aussi
Gjirokastër s'intègre naturellement à un itinéraire albanais plus large. Quelques circuits qui passent par la ville :
- Autotour - Immersion en Albanie (8 jours, dès 550 €) : un premier aperçu du pays entre côte et montagne.
- Autotour - Entre Montagnes et Rivages : L'Albanie Insolite (16 jours, dès 1150 €) : le tour complet, des Alpes du nord au sud ottoman.
- Autotour - Trésors Cachés d'Albanie (21 jours, dès 1330 €) : la version longue pour explorer en profondeur.
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